Les mots de Tan

Pour la rubrique « les mots de… », je contacte des personnes qui ont commun de m’apparaitre être alignées avec ce qui vit en elles et pour qui l’écriture semble avoir une place importante.

J’ai commencé à suivre Tan sur Instagram. Je suis son compte Par.et.pour où elle partage des témoignages de travailleurs et travailleuses du sexe. Elle a totalement changé mon regard sur la prostitution. J’ai aussi découvert son association Polyvalence avec laquelle elle fait un gros travail pour parler de liberté, sexualité et solidarité.

Bref, il y a quelques semaines, j’ai pris mon courage à demain, et je l’ai contactée avec mes trois questions en lui proposant de répondre à l’écrit.

Elle m’a répondu : « Je trouve ça très intéressant et je peux si tu veux répondre au téléphone à des questions, mais je n’ai pas le temps et l’inspiration là pour une mise en abyme : que je prenne la plume pour raconter quand comment et pourquoi je prends la plume. »

J’ai hésité à dire oui pour une interview téléphonique, parce que ça sortait clairement de ma zone de confort. Et puis, je me suis rappelée que c’est en faisant qu’on apprend. Et j’avais vraiment envie d’entendre ce que Tan avait à dire sur son rapport aux émotions et à l’écriture.

Voici donc une retranscription de ce qu’elle a pu me confier à ce sujet.

Tu veux bien te présenter ?

Tan, j’habite Paris, antroposexologue. Entre autres.

Je ne sais pas comment me présenter car il y a plusieurs fils à dérouler. On a l’habitude de se présenter par ses professions… Mais j’en ai plusieurs. Je suis antroposexologue. J’ai fondé une association Polyvalence, je suis éditrice, militante, dominatrice comme travailleuse du sexe… Et j’écris tout le temps.

Crédit photo : Tan Polyvalence

Tu te sens connectée à tes émotions ? Depuis toujours ?

Oui.
Je ne fais pas la séparation entre mes émotions et ma réflexion. Mes émotions, c’est moi ; et oui, depuis toujours.

En fait, il y a en permanence trop de trucs dans ma tête.
Quand j’écris, c’est le moment où je suis calme. Et en même temps, tu regarderais ce qui se passe dans mon cerveau, ce ne serait pas calme du tout. Mais je me sens calme. Et c’est pulsionnel. Ça me fait du bien d’écrire.

Et tu écris sous quelle forme ?

J’écris à la première personne, c’est du langage parlé, mais soutenu.
C’est vif. Il y a souvent des rimes. C’est complètement intuitif.

C’est – sans que je sois complètement perchée – un peu comme un moment de transe ; mais transe c’est un peu trop fort, c’est pas exactement le bon mot.

Quand j’écris, je suis dans une bulle, je ne vois pas le temps passer.
Dans toutes les autres activités, oui, quand je suis avec mes amis, quand je lis, quand je vais au cinéma, quand je baise, même quand je dors, j’ai un sommeil de merde… Mais pas quand j’écris, il peut se passer trois heures sans que je réalise.

J’écris tout le temps. Je publie quelques textes, sur les réseaux sociaux mais pas tous.

Et tu dirais que ça participe à ton exploration émotionnelle ?

Ça ne me fait pas explorer en moi, ça fait sortir. Je ne suis jamais déconnectée de mes émotions, je n’ai pas besoin des explorer, elles sont là tout le temps.

L’écriture pour moi, ce n’est pas un outil d’introspection. C’est l’expression de sensations.
J’en ai tellement dans la tête, en permanence que j’ai besoin que ça sorte. C’est nécessaire à ma vie.

Et tu écris pour qui ?

J’écris pour tout le monde et pour personne.

J’écris parce que c’est une nécessité. Ça me permet de ranger ce qu’il y a dans ma tête. Ça ne veut pas dire qu’une fois sortie, ce n’est plus là et qu’il faudra pas ranger à nouveau demain. C’est un peu comme une bibliothèque dont tu peux ranger les livres tous les jours, les livres restent là.

Merci encore à Tan d’avoir pris le temps de me parler au milieu de mille projets.

Si ce qu’elle dit vous intrigue, si vous souhaitez découvrir son travail et ses écrits, vous pouvez la suivre sur Facebook et sur Instagram. Je vous conseille aussi de faire un tour sur son site pour découvrir tout ce qu’elle fait.

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