« Je porte ton deuil »

Aujourd’hui 15 octobre, c’est la journée de sensibilisation au deuil périnatal.
On parle de bébés morts pendant la grossesse, au moment de la naissance ou peu de temps après.

C’est un sujet difficile, on n’a pas envie d’en parler. Imaginer la mort d’un bébé, c’est une idée qu’on n’a pas envie d’avoir. Alors pourquoi en parler ?

Pour les parents qui le vivent ! Pour que quand le ciel leur tombe sur la tête, ils n’aient pas en plus à devoir gérer les réactions non appropriées de leur entourage. On ne sait pas quoi dire (on ne nous a pas appris) et on n’ignore que la vie ne commence pas à la naissance, qu’on accouche de bébés morts (non, ils ne disparaissent pas), qu’un enfant que le monde n’a pas connu peut avoir toute la place dans le cœur de ses parents. Et finalement qu‘un deuil, c’est long, très long et que ça a besoin d’accompagnement en conscience pour être vécu le mieux possible.

J’avais dit que je faisais une introduction rapide… Et que je laissais la parole à quelqu’un qui l’a vécu comme parent.

Alors voilà, j’ai demandé à Astrid si elle voulait bien partager un texte qu’elle a écrit. Astrid est ma belle-sœur, en mai dernier, elle a mis au monde son fils Ginger, mort avant d’avoir vécu. Aujourd’hui, elle a bien voulu partager un texte qu’elle lui a écrit.

Crédit photo : photo personnelle

Je porte ton deuil, Ginger

Depuis cette nuit, le 23 mai dernier, où j’ai senti les premières contractions de l’accouchement. Cette nuit où l’échographie a révélé que ton cœur s’était arrêté de battre.
Je ne savais pas ce que c’était d’accoucher, je ne savais pas ce que c’était ces contractions qui m’empêchait de dormir depuis plusieurs heures. A 6 mois et demi de grossesse, je me suis doutée que quelque chose n’allait pas, et je suis arrivée à la maternité en craignant d’accoucher d’un grand prématuré. Je pensais que tu bougeais encore, tu étais parfois à droite, parfois à gauche, tu étais seulement ballotté par mes propres mouvements.
Ma vie a basculé lorsque la sage femme a cherché le cœur du bébé et que l’on a entendu que les bruits parasites et très faiblement les battements de mon cœur. Je n’ai pas réalisé à ce moment là, même quand la gynécologue est venue confirmer le diagnostic de la sage femme et m’a annoncé « votre bébé est mort ». J’étais comme détachée de mes émotions.
Tu es né quatre heures plus tard, au petit matin.

Je veux te rendre hommage aujourd’hui

je porte ton deuil, avec ses moments de tristesse qui viennent comme des vagues, sans trop de raison, sans trop de lien évident. Je suis triste, c’est tout. Et j’accepte de ne pas avoir de support à cette tristesse, mon intellect n’a pas de souvenirs qui se raccrochent à cette tristesse. Pour moi, grâce à la méditation Zen, c’est sans importance: la tristesse est là, elle se suffit à elle-même, j’en connais la source, il n’y a pas besoin de plus.

Cette tristesse est à la hauteur de l’amour que j’avais pour toi, mon petit. Je n’ai pas choisi de t’aimer, j’ai choisi de te porter, et les millions d’années d’évolution ont choisi pour moi. Et avant de prendre conscience de ta perte je ne savais pas à quel point je t’aimais. Ce moment, quelques heures après l’accouchement, où, allongé au calme, j’ai réalisé que je ne serrais pas de bébé dans mes bras et que je ne te serrerai jamais contre moi. Ce vide entre mes bras m’a terrassée.
Je ne savais à quel point le lien était fort, à quel point nous étions
attaché l’un à l’autre. Tu étais relier par ton cordon ombilical mais le
lien n’était pas seulement physique. Je te nourrissais et toi, tu m’as
donné ton amour.

Pour la première fois de ma vie je me suis sentie
légitime.
Pour la première fois je me suis dis « je m’aime » et cela
sonnait juste.
Seules celles qui ne se sont jamais sentie à leur place
peuvent comprendre ce cadeau que tu m’a fait.
Je voudrais te remercier pour cela.
Merci.

Et je découvre que l’on peut rire du présent et être triste au fond de
soi sans pour autant perdre son authenticité, je n’ai pas peur de voler
ces instants de légèreté car je sens ton empreinte dans mon corps, dans
chacune de mes cellules. Oh non, je n’ai pas peur de t’oublier, c’est
indélébile.

J’aurais tant voulu vivre cet amour partagé avec toi hors de mon ventre,
mais cela ne sera jamais.
Alors la tristesse.
C’est le temps de la tristesse, le temps de pleurer cet
amour perdu.
Tu as traversé mon histoire et tu as traversé l’histoire de Julien comme
une promesse non réalisé, un projet inachevé, un amour trop bref.

En hommage à toi, Ginger, qui m’a appris à dire « je m’aime », j’ai écrit ce texte il y a 4 mois.

Aujourd’hui je continue d’avancer dans la vie avec ce deuil et son cortège d’émotions désagréables mais nécessaire pour panser mon cœur déchiré de maman.

Car qu’est ce que c’est le deuil ?
C’est reconnaître que la mort est là.
C’est accepter le JAMAIS.
C’est dire au revoir à l’être cher à notre cœur.
C’est renoncer à ce que nous ne vivrons pas ensemble.
C’est laisser place à la Vie, à notre vie, au re-nouveau. 

1 commentaire

  1. Anne-Claire says:

    Bonjour. Tout simplement, ces quelques mots sur une épreuve terrible sont magnifiques d’amour… Merci d’avoir partagé.

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