Des mots sur le deuil de mon grand-père

Il y a des coïncidences qui n’en sont peut-être pas.

Il y a quelques semaines, une amie me reparlait du texte que j’avais écrit sur mon blog à l’occasion de la mort de mon grand-père. En 2012. J’étais impressionnée qu’elle s’en souvienne. Il l’avait marqué par l’amour et la sincérité.

Hier, j’étais sur ce même blog (qui existe toujours mais caché, il faut un mot de passe pour y accéder) et je retombais sur ce texte et je me disais “tiens, je le republierais bien sur mon nouveau site, quitte à le modifier peut-être…”.

Et ma mère ce matin me dit “aujourd’hui, c’est la date anniversaire du décès de ton grand-père”.

Je me suis dit que c’était un signe que c’était une bonne idée de me replonger là dans ce texte et celui que j’avais écrit pour ses obsèques. Et une autre bonne idée d’en partager avec vous. Parce que le deuil, c’est un sujet qui me touche beaucoup et j’aimerais qu’il ne soit plus tabou. J’aimerais qu’il soit normal de le tisser tout le restant de sa vie (je compte d’ailleurs proposer un atelier sur la thématique du deuil).

Voici donc le texte que j’avais écrit et lu pour la cérémonie qui a précédé la crémation :

Aujourd’hui, on est ici pour dire au revoir à quelqu’un qui a compté pour nous, dans nos vies.

Il voulait quelque chose de simple, alors, je voudrais simplement vous parler de mon grand-père.

Mon grand-père m’appelait Bulldozer parce que j’avais tendance à lui sauter dessus avec tout la force de ma jeunesse, de mon amour.

Faut dire que mon grand-père était mon héros, il pouvait réparer mes chaussures, mon vélo, la chaudière… Il pouvait créer des maisons à oiseaux de luxe, des systèmes de rangement intelligents, un ventilateur pour que le barbecue fasse du feu de dieu… Il pouvait couper des multitudes d’arbres, pêcher des palourdes sans se tromper de trou, m’emmener à la chasse aux escargots…
Et puis, toutes les fois où il a dit « viens, voir, j’ai trouvé quelque chose » et c’était comme un trésor. Et aussi, je me souviens quand il disait « attention, je vais te mettre un coup de pied au cul » mais il ne le faisait pas (et pas seulement parce que mes fesses ont rapidement pris de la hauteur).
Parce que les bêtises, il les faisait parfois avec nous aussi ; genre quand on a trafiqué les bougies à Noël pour multiplier par dix la hauteur de la flamme… On rigolait bien quand on faisait la fête…

Crédit photo : personnelle

Aujourd’hui, je suis triste parce que j’avais oublié que les grand-pères, même quand ils sont ingénieux, ne sont pas immortels.
Mais, grand-père, tu vas continuer à vivre dans nos souvenirs. Je raconterais à nos enfants que j’avais un grand-père aux pouvoirs magiques… Un grand-père qui ne bricolait pas, parce que “bricoler, c’est pour les amateurs du dimanche…”
Et tu sais, y a un truc que tu as vraiment bien fait de faire, c’est de te transmettre une grande partie de tout cela à Julien, d’abord parce qu’il a pris un grand plaisir à travailler avec toi, et puis, parce qu’en ce moment même, au milieu de son océan – où il pense à toi très fort -, je suis convaincue qu’il reproduit en partie ce que tu lui as appris.

Grand-père, tu restes vivant en nous…”

(Mon grand-père est mort soudainement et mon frère (Julien) avec qui il était très proche est marin et était en mer pour les obsèques).

Et la conclusion de l’article que j’ai écrit le lendemain de sa mort, il y a 8 ans, disait :

“Hier, on m’a rappelé deux choses entre les larmes.
Qu’il faut vivre chaque jour, aimer inconditionnellement les gens qui comptent pour nous.
Que même à des centaines de kilomètres, la fratrie est toujours là quand il le faut. Hier, j’étais dans le train et j’avais la voix lointaine de Julien par satellite qui disait « ça va aller ». Et on faisait des câlins par Skype avec Maylis .

Il aurait aimer ça.

(Je suis désolée si ça vous choque un peu, tout ce que je dis en public, mais écrire et faire lire, est pour moi le moyen d’accepter la vie, telle qu’elle nous vient. Alors, faites-moi plaisir « just enjoy everyday, every fucking day » )”

Huit ans après, tous ces mots vibrent encore en moi. Je regrette toujours qu’il ne soit plus là, que mes enfants ne le connaissent pas, qu’il n’y aura plus de vacances à l’île de Ré avec sa caravane comme point fixe de ma vie grandissante, que les repas de Noël ne compteront plus ses blagues…

Huit ans après, je suis encore tellement reconnaissante de ce qu’il a légué et qui vit encore : sa version du petit papa Noël avec “n’oublie pas ma petite godasse” que je garde pour faire rire mes enfants, ses compétences transmises à mon frère qui essaie aussi de tout réparer, mon père qui de temps en temps nous ressort des blagues qui sonnent comme un hommage et un jour on ira à la chasse aux escargots dans les remparts avec mes enfants et il sera là dans mes gestes qui diront “viens voir”, comme si c’était un trésor.

Huit ans après, la seule chose qui a changé c’est que je ne m’excuse plus de parler des morts. Je n’estime plus qu’on doit être silencieux après un décès – on peut, si on en ressent le besoin mais ce n’est pas obligatoire et ce n’est pas indécent.

Aujourd’hui, je souhaite participer à l’idée que la mort fait partie de la vie, que les morts peuvent continuer de vivre en nous, dans nos mots et que le deuil se tisse longtemps, le restant de notre vie, mais qu’il est plus léger quand il est partagé.

1 commentaire

  1. Chantal Schepers says:

    Vivre avec ses morts, c’est les garder vivants parce qu’ils nous ont aidés à nous construire et à grandir, à de devenir ce que l’on devient

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