L’intensité du post-partum

Actuellement, il y a une mise en avant de la parole des mères sur ce que la maternité et ce que ça fait traverser. Sous le hashtag #monpostpartum des femmes partagent ce que l’on a longtemps réduit au silence : ce qui est difficile, les larmes, le corps douloureux, le sang…

Des échanges que j’ai, en ateliers ou sur les réseaux sociaux, c’est la solitude qui revient beaucoup. Et la question de savoir si c’est normal, celle de se demander pourquoi on n’a pas su avant ce qui était difficile.

Mais d’un autre côté, le post-partum, ce n’est pas un grand tableau noir. C’est aussi mille couleurs possibles et d’autres futures mères se disent effrayées des récits où tout parait dur, ou le péril semble si grand…

L’esprit humain a tendance à classer facilement en noir ou blanc. Il est très difficile pour notre cerveau d’appréhender le fait qu’on peut ressentir de la douleur et de l’amour, de la satisfaction et de la frustration, d’une seconde à l’autre ou parfois au même moment.

Crédit photo : photo personnelle

« Que doit-on dire aux futures mères ? » est une question intéressante.

Et si on leur demandait ? Ce qu’elles veulent savoir… Si elles ont envie que l’on partage son expérience, son récit.

Et surtout, si on se rappelait que chaque vécu émotionnel est unique. Bien sûr qu’il y a des processus hormonaux, physiques, de développement pour l’enfant et la mère qui sont communs à tous. Mais ce que l’on traverse au niveau des ressentis, il n’y a pas de règle immuable.

Il y a bien des tendances qui se dessinent. Mais on n’est pas anormal quand on ne ressent pas une vague d’amour à la naissance. Pas plus que si le baby-blues ne passe pas par nous.

Certaines mères retrouveront un corps similaire à celui d’avant rapidement et d’autres jamais. Certaines trouveront une fusion avec le nouveau-né comme un grand bonheur et d’autres trouveront difficile de connecter avec ce tout petit être.

Et tout cela n’a rien à voir avec le fait d’être ou non une bonne mère.

Ce que tu vis émotionnellement, ça dépend des circonstances, de ton histoire, de qui tu es, de ce qui te touche, de ta sensibilité aux hormones, de ton environnement, de plein de critères, diverses et variés.

J’ai pour ma part vécu deux postpartums, avec des similitudes et des différences.
J’ai parlé et accompagné une multitude de mères qui avaient toutes une histoire différente même si elles étaient souvent soulagées d’entendre des échos chez les autres.

Mon but n’est pas du tout de minimiser les difficultés. Je pense que la libération de la parole est importante car une grande difficulté, c’est la solitude de cette période. Les espaces de parole, de partage, les échanges entre celles qui sont passées par là, avec bienveillance et sans jugement ; c’est ce dont je rêve et aussi ce que je propose.

Et moi, quand une future mère me demande comment c’est le post-partum… Je réponds « je crois qu’intense est le mot qui convient le plus à la diversité des vécus. La manière dont tu vas le vivre, tu ne peux pas le savoir, mais ce sera très probablement émotionnellement intense ».

Le post-partum pour moi…

Lors d’un atelier sur les émotions du post-partum, j’ai écrit mon ressenti et puis j’ai voulu reprendre et publier ce texte.

Voici mes mots sur mon post-partum en mille couleurs. Il n’est qu’un témoignage parmi mille.

« Le post-partum, c’était un chamboulement intense, le début d’un tissage pour le restant de ma vie.

C’était l’intensité.

C’était un état d’oscillation où d’une minute à l’autre tout peut basculer. Ou le ressenti est profond, mélangé. Il n’y avait plus de filtres et les larmes se mêlaient aux sourires.
C’était la fatigue qui a l’air d’anesthésier les pensées et raviver les émotions.
C’était donner son énergie à un autre être tout en en ayant pleinement besoin pour me reconstruire moi.
C’étaient les nuits à se répéter « demain, il fera jour » et les jours qui filaient sous les doigts et que j’aurais aimé parfois arrêter pour en sentir toute la singularité douce.
C’était porter physiquement et psychiquement un bébé et ne pas me sentir capable de me porter moi.

Crédit photo : photo personnelle

C’était la joie d’être en vie et de l’avoir donnée.
C’était la vulnérabilité et l’insouciance perdue à jamais.
C’était la colère de l’impuissance à certains moment. Et de n’être pas préparée à ça.
C’était la tristesse d’être perdue et s’être un peu perdue un peu, en tout cas une vie d’avant.
C’était la fierté d’être debout, d’être mère.
C’était la peur de la responsabilité et l’appréhension de sa lourdeur.
C’était l’amour qui inonde le cœur, le corps et la sérénité d’avoir pris le bon chemin avec ce bébé au creux de mon corps.

C’était il y a déjà plusieurs mois, années même pour la première fois.

C’était aussi différent les deux fois. Plus doux la seconde fois, en pleine conscience des semaines qui filent vite. Même si le challenge était peut-être plus intense.

Et surtout, c’est loin déjà, c’est un peu flou dans ma mémoire. Les traces que j’en ai gardées écrites sont précieuses… Parce qu’on oublie. Pas complétement non. Mais tout de même »

Si tu vis actuellement l’intensité du post-partum et que tu souhaites mettre des mots dessus et partage autour de ton ressenti, rejoins le groupe d’exploration émotionnelle postnatale.

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