Une cérémonie de mariage œcuménique et trilingue

Cet article a été écrit en juillet 2014, bien avant que j’offre l’exploration émotionnelle. J’ai décidé de republier ces chroniques sur ce site car elles sont précieuses pour moi, elles peuvent aussi inspirer d’autres futur·e·s marié·e·s. Et puis, il y a dans ces écrits-là déjà le partage de mon cheminement autour des émotions.

Je laisse donc la parole à Claire fiancée…

Si on revenait sur la mixité de notre couple ? Non, je ne vais pas te refaire un laïus sur ce que ça signifie pour moi, ne t’inquiète pas… À quelques semaines du mariage, on va parler concrètement : comment est-ce qu’on intègre nos différences dans notre cérémonie ?

Une célébration religieuse œcuménique et trilingue

Crédits photo (creative commons) : Greg Pammer

Une cérémonie œcuménique…

Trouver un compromis entre 2 églises ?

Œcuménique : qu’est-ce que c’est que ce mot savant ? C’est un mouvement qui vise à rassembler tous les chrétiens, pas forcément dans une seule et même institution mais qui a pour but connaître l’autre, se rapprocher et mettre en avant une foi commune plutôt que des différences de pratique. Les chrétiens, ce sont les catholiques, les protestants (qui regroupent de nombreux sous-groupes), les anglicans, les orthodoxes, l’église arménienne, etc.

Il existe des communautés œcuméniques comme le chemin neuf ou Taizé. Il existe aussi une semaine œcuménique, une fois par an, où des manifestations sont organisées…

Maintenant que le terme est expliqué, je dois t’expliquer comment l’amoureux, élevé dans « la nouvelle Église réformée néerlandaise », et moi-même, élevée dans la vieille Église romaine (catholique quoi), nous allons faire pour notre célébration religieuse.

L’œcuménisme, ça nous parle… Comme je le disais dans mon article sur la mixité, nous ne sommes pas à cheval sur les dogmes (tout en respectant ceux qui le sont, je ne souhaite froisser les croyances de personne). Nous nous considérons avant tout chrétiens et nos différences de pratique sont avant tout un bon moyen de réfléchir : quand on découvre que d’autres font les choses différemment, on s’interroge sur ses pratiques et ça permet de ne pas faire quelque chose par habitude mais parce que ça nous parle…

Alors, quand on a commencé à parler de se marier religieusement, l’amoureux a dit « je suis prêt à aller dans une église catholique » et moi, j’ai dit « je suis prête à aller au temple ». On n’était pas très avancé !

Il faut savoir que l’Église protestante, comme l’Église catholique, reconnaît le mariage (on parle plutôt de bénédiction chez les protestants) contracté dans l’autre Église et accepte que son officiant participe à la cérémonie sur le terrain de l’autre.

On aurait aussi pu choisir un terrain neutre mais il faut que le prêtre et/ou le pasteur accepte(nt) de se déplacer à l’extérieur d’un lieu de culte.

Comme nous avions décidé de faire le mariage religieux en France, nous nous sommes tournés vers la communauté catholique. L’idée de me marier dans l’église de mon village me faisait plaisir. L’amoureux ne connaissant (forcément) pas l’église protestante de Normandie, ça paraissait plus logique aussi… Et puis, il était venu plusieurs fois avec moi à la messe dans la paroisse de mon village et donc ce n’était pas une communauté inconnue…

Et on s’était dit que si jamais on tombait sur un officiant pas suffisamment ouvert à nos différences, on avait toujours le plan B de l’église protestante !

On a eu beaucoup de chance. On est tombé sur un prêtre qui nous a laissé très libre pour notre cérémonie (idem pour notre préparation aux Pays-Bas… Oui, on est hyper chanceux !)

Alors, concrètement, en quoi notre cérémonie est œcuménique ?

Strictement parlant, c’est un sacrement catholique que nous allons vivre. Mais nous avons fait des choix d’ouverture.

Nous avons choisi une bénédiction et non une messe. L’eucharistie / le partage du pain est un sujet où les différences entre catholiques et protestants se font sentir le plus.

Le prêtre nous a dit qu’un pasteur était le bienvenu pour célébrer avec lui. L’amoureux ne connaissant pas de pasteur néerlandais prêt à se déplacer, il ne voyait pas l’intérêt de demander à un inconnu français de venir en plus à notre mariage… Mais c’est important de savoir que la possibilité existe !

Finalement, l’ouverture au protestantisme se situe donc dans les détails :

  • Le psaume sera chanté dans sa version protestante, par les parents de l’amoureux
  • Nous avons choisi dans les textes de bénédiction qui nous paraissaient les plus ouverts, certains sont d’ailleurs conseillés pour les couples dont l’un est d’une autre confession.
  • Nous ne parlons pas de bénédiction d’alliances (pour les protestants, on ne bénit pas un objet mais seulement des personnes) mais d’échanges d’alliances comme signe de notre amour et de notre fidélité, la bénédiction est appelée sur nous et non sur les anneaux.
  • Nous ajoutons, à l’échange de consentements, des vœux personnalisés. La culture protestante a beaucoup moins de formules pré-établies et c’était important pour l’amoureux de choisir ses propres mots…
  • Nous ne feront pas de prière ou de chant et ne porterons pas de bouquet à Marie car les protestants ne reconnaissent pas de culte à Marie.

Des détails pour certains mais c’était important que chaque mot de cette célébration nous parle à tous les deux…

C’était aussi important donc que se reflète notre multilinguisme…

… et une cérémonie trilingue !

Dans mon article de présentation, j’ai déjà évoqué un mariage trilingue mais, pour le moment, tu n’as vu que deux langues (comme sur les faire-parts par exemple). Il est vrai que tous nos invités parlent soit français, soit néerlandais (même s’ils ne sont pas tous français ou néerlandais).

Mais l’anglais va avoir une certaine place dans notre mariage : c’est la langue que les invités vont sans doute utiliser entre eux et puis c’est notre langue d’amoureux !

Oui, je baragouine le néerlandais. Oui, l’amoureux parle bien le français. Mais oui, on passe encore 70 % de notre temps à se parler en anglais !

C’est la langue dans laquelle on s’est connu (en Angleterre) et puis c’est plus juste, ce n’est ni ma langue, ni la sienne.

Les chants d’entrée et de sortie seront donc en anglais. On va remonter l’allée sur « Down in the river to pray » et sortir sur « Oh happy day! » (une idée de notre prêtre pour la sortie. L’amoureux avait peur que ça fasse ridicule sans une chorale gospel mais je me dis que tout le monde la connaît et que même les non-croyants voudront bien la chanter… J’espère…).

La lecture de notre premier texte sera aussi en anglais. C’est une traduction d’un texte français mais, quand j’ai rencontré l’amoureux, je lui ai offert le livre traduit en anglais alors ça avait du sens. C’est un extrait de Jade ou les sacrés mystères de la vie de François Garagnon. Ce livre est précieux pour moi alors j’ai bien envie de partager notre extrait choisi. Je te le mets en français mais n’hésite pas à me contacter si tu veux ce texte en anglais ou en néerlandais (vu les heures de traduction qu’on a passé sur cette cérémonie, si je peux permettre à quelqu’un de gagner du temps…) :

« Le sens de la vie ? Voici le secret : fais de ton mieux. Puis laisse faire Dieu. N’écoute pas ceux qui veulent t’éloigner de tes rêves, ceux qui veulent te décourager en chemin, ceux qui n’ y croient plus. Que connaissent-ils de ton mystère ?
C’est à toi de l’exprimer pleinement, de toutes les forces de ton amour. Il faut être amoureux-fou de la vie ! Il faut oser risquer ! Même quand tu crois oser, tu n’oses jamais assez. Dis-toi bien que quand on se donne, ce n’est jamais « trop », c’est toujours « pas assez ». On n’aime jamais trop. On peut se tromper, on peut aimer mal, mais on n’aime jamais assez. Jamais tu entends !
Fais de ton mieux. Tu sais, le mal, on le fait si bien, et le bien, on le fait si mal… Oui, fais de ton mieux ! »

Enfin, nos vœux personnalisés seront dans la langue de Shakespeare. On a un peu hésité mais c’est notre langue et c’est dans celle-là qu’on s’adresse le mieux à l’autre.

Ensuite, nous avons amené le néerlandais…

Notre mot de bienvenue sera en français et néerlandais : nous avons chacun écrit notre version, nous disons majoritairement la même chose mais pas de la même façon. L’évangile sera aussi dans les deux langues, lu l’une après l’autre (par le prêtre en français puis par Beau-Papa en néerlandais). Ce sont les seuls éléments qui seront répétés deux fois, dans deux langues. Pour le reste, ce sera soit en français, soit en néerlandais. On ne voudrait pas que ce soit trop long…

Par contre, on va presque tout traduire dans le livret : seuls les chants ne seront pas traduits et sinon tous les textes dans les deux (ou trois pour Jade) langues seront dans le livret. À l’exception de nos vœux, trop personnels pour les imprimer sur papier et puis nous les gardons secrets l’un pour l’autre jusqu’au jour J.

Les parties en néerlandais seront donc les suivantes :

  • La première lecture biblique sera à moitié en français et à moitié en néerlandais, on a pris un texte qui peut se découper par paragraphe et, ainsi, qui permet de ne pas perdre le fil du texte en n’en comprenant que la moitié. C’est la beauté des textes qui se construisent sur la répétition des structures…
  • Le psaume, chanté par les parents de l’Amoureux.
  • Mes consentements : je vais dire mes consentements en néerlandais et l’amoureux dira les siens en français. Le mariage, c’est un pas vers l’autre (par contre, j’ai la pression parce que l’Amoureux veut qu’on se regarde dans les yeux et non qu’on lise, il faut donc que j’apprenne par cœur mes vœux en anglais et mes consentements en néerlandais…)
  • La moitié de la prière des époux.
  • La moitié de la prière universelle.
  • Le chant de la prière universelle que les néerlandais pourront chanter en néerlandais et les français en français (vive les chants de Taizé, œcuméniques et disponibles en plusieurs langues).
  • Le Notre Père que chacun dira dans sa langue mais en se tenant la main pour former une communauté.

Bien sûr, le prêtre ne parle que français et nos chants seront majoritairement en français (mais on a essayé d’en trouver qui sont faciles à chanter). Ce n’est donc pas une égalité, au sens strict, mais les trois langues seront bien présentes et c’est ça qui est plus important pour nous !

Et le premier qui me dit que ce n’est pas juste, je lui répondrais que TOUTE la cérémonie civile est en néerlandais… Même si, j’avoue, je suis encore en train de me me demander si je ne vais pas caser un « Oui, je le veux » avant le « JA » de rigueur (rien que pour voir la tête de l’Amoureux parce qu’il pensait que quand on dit « oui, je le veux », le « le » est en fait « cet époux » et que donc l’homme devrait dire « oui, je la veux »…) !

On est donc plutôt content de nous : la cérémonie est bien à notre image !

Après, en tant que future mariée, j’angoisse forcément un peu pour quelque chose : j’espère que ce ne sera pas trop long et que nos invités ne se sentiront pas mal à l’aise (pour les néerlandais protestants d’être dans une église catholique où on parle beaucoup français, pour les non-croyants, d’être dans une église tout court…) mais ça, je ne peux pas contrôler !

Et, si ça nous ressemble, c’est déjà un grand pas pour que nos invités se sentent à l’aise !

Pour être honnête, j’ai hésité à écrire cet article parce que ma pratique de la foi est quelque chose de l’ordre du privé pour moi. Mais vu qu’on s’est posé pas mal de questions sur le déroulement de cette cérémonie, je me suis dit que ça pouvait aider les couples qui seraient dans une situation similaire…

Donc si tu prépares aussi ce type de cérémonie, tu peux m’envoyer un mail à [email protected] et je t’enverrais le déroulement exact de notre cérémonie pour un peu d’inspiration…

Toi aussi, as-tu réussi à préparer une cérémonie (religieuse ou non) qui vous ressemble ? Ou ce n’était pas nécessaire ou important pour vous ? As-tu d’autres idées à partager pour intégrer l’œcuménisme ou le multilinguisme ?

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