Parler de sexualité et cie à mes jeunes enfants (et mes émotions liées !)

Comme ce sujet m’a amené à beaucoup de discussion sur Instragram, j’ai décidé d’en faire un petit article.

Mes enfants ont respectivement 3,5 ans et bientôt 2 ans et j’ai déjà commencé à aborder les questions de l’intime, des organes sexuels, des règles, de la sexualité…

Photo libre de droit : Laker
(j’ai fait avec ce que j’ai pu trouver pour une photo d’illustration, je ne suis pas super convaincue, si tu as une meilleure idée, dis-moi)

Je vais t’expliquer pourquoi et comment j’aborde ces thèmes avec mes enfants.

Et puis, je vais te dire comment je me sens dans cette démarche.

Pourquoi parler à des enfants si petits de tout ça ?

J’ai grandi dans une famille où le sujet a été abordé, je crois. Je savais ce qu’était les règles avant de les avoir, on avait parlé de se protéger en cas de rapport sexuel et pour revenir plus loin, je ne me rappelle pas le moment où on m’a expliqué comment on fait les bébés donc je suppose que l’information est passée naturellement et assez rapidement.

Cependant, ça ne m’a pas empêché de :

  • ne pas me sentir suffisamment à l’aise avec le sujet pour poser les questions
  • n’avoir absolument jamais regardé à quoi ressembler ma vulve avant de tomber enceinte (en tout cas, je n’en ai pas le souvenir)
  • n’avoir pas été capable de parler à la suite d’attouchements non consentis, je me sentais vraiment honteuse de ce qui était arrivé
  • n’avoir jamais osé parler de masturbation féminine avec mes amies avant trèèès récemment (et je me sens encore un poil inconfortable d’écrire ça dans cet article)

Du coup, j’ai ressenti de la gène, de la honte par rapport au sujet et j’ai l’impression a posteriori que j’ai manqué de certaines informations.

Je ne veux pas de cela pour mes enfants.

Alors, j’ai bien eu les sensibilisations au collège mais je me rappelle que les rires gênés de tous et recevoir des conseils d’adultes, cela a surtout fait que les informations ne sont pas super bien passées.
Je me rappelle aussi avoir glané des informations grâce aux magazines (genre Jeune et jolie), aux romans (qui venaient parfois de la session adultes de la bibliothèque) et aux différents films que j’ai pu voir. Sauf qu’aujourd’hui, je trouve ces sources d’informations problématiques par l’image qu’elles renvoient souvent de la sexualité : centrée sur la pénétration pénis dans le vagin, plein de clichés de genres, oubli souvent du consentement et culte de la performance.

J’aurais bien eu besoin de Orgasme et moi – compte Instagram à conseiller à tous les ados et à lire aussi en tant qu’adultes pour repenser une sexualité plus libre et plus bienveillante.

Mais de mon point de vue, au delà de la question de la source des informations, il y a une question de timing aussi. À l’adolescence, les hormones sont en émoi, si tes parents se disent, pleins de bonnes attentions qu’il faut qu’ils aient LA conversation avec toi, il y a de grandes chances qu’à ce moment-là, tous tes voyants se mettent au rouge « HELP, mes parents essaient de me parler de sexeuuuh » – hyper mal à l’aise, honteux ou honteuse d’entendre parler de ce sujet qu’on sait déjà hyper tabou, en rébellion par rapport à ce que nous disent les adultes, est-ce que le message peut vraiment passer ?

Bref, j’en suis arrivée à la conclusion que si je voulais pouvoir faire passer les informations à mes enfants, c’était en le faisant dès tout petit. Mais aussi en leur donnant l’impression qu’ils pourront toujours me poser toutes les questions qu’ils veulent. Il faut que ce soit un sujet normal, un sujet dont on a toujours parlé.

Alors, j’ai fait un cours d’éducation sexuelle à mes enfants ?

Comment parler aux enfants de ce sujet ?

Pas de cours, non. Pas de long exposée, pas de listes d’informations à leur donner suivant les âges.

Mais ne pas faire de secret et nommer les choses dès le plus jeune âge. Et puis, voir les ouvertures de curiosité pour répondre quand les questions ou l’intérêt émergent.

Nommer

D’abord, j’ai commencé par nommer les parties intimes de mes enfants. Dès la naissance de ma fille, j’ai dit « mon bébé, je vais te changer la couche, je nettoie doucement ta vulve ». Alors oui, 1- j’ai du réfléchir comment on appelle quoi (!!), 2- c’était absolument pas naturel au début. 3,5 ans après, c’est hyper naturel, ma fille peut donc me dire « maman, j’ai mal à la vulve » et ça ne me fait pas plus sourciller que « maman, j’ai mal au pied ».

C’est aussi en nommant que j’ai commencé à parler de plaisir. Quand mes enfants ont découvert que la douche au niveau de leur sexe faisait des chatouilles, j’ai parlé de clitoris, de plaisir, d’intimité et j’en ai profité pour rappeler que pour les enfants, ils sont les seuls à avoir le droit de se toucher à ce niveau-là pour le plaisir (et que pour le soin ou la santé, c’était seulement les adultes de confiance et qu’on devait leur demander avant). J’ai aussi précisé que c’est quelque chose qu’on fait dans sa chambre ou dans la salle de bain, en paix.

Ne pas faire de secret

Et ainsi de suite. Mes enfants ont trouvé à un moment une serviette périodique dans le meuble de la salle de bains. J’ai dit « c’est une serviette périodiques, c’est quand j’ai mes règles ». Je ne suis pas allée plus loin que cela car aucune question n’est venue. Mais ils auront déjà entendu ces mots-là. Les vrais mots, les mots précis. Et un autre jour, je leur donnerai plus d’informations.

Voir les ouvertures de curiosité

C’est ça, le point clé pour moi, saisir l’opportunité d’une fenêtre de connaissance. Si ça intrigue, ils poseront des questions, ils y reviendront. Sinon, pas la peine d’en faire un plat. Ce n’est pas non plus la peine de prendre un ton sérieux et didactique, il s’agit d’en faire un sujet comme un autre. Quand mes enfants voient un objet, je leur dis le nom de l’objet, j’ajoute possiblement une précision et voilà. S’ils ont des questions, je réponds ou je cherche la réponse.

Voir quand il y a de la curiosité, c’est quelque chose d’important pour moi qui croit très fort aux capacités d’apprentissage dans tous les domaines des enfants si on suit ses périodes d’intérêt (mais ceci est un autre sujet sur lequel je reviendrai un autre jour).

Du coup, quand ma fille a demandé si elle pouvait voir ma vulve, je lui ai ré-expliqué le principe de l’intime et je lui ai dit qu’on allait voir ce qu’il y avait à la bibliothèque sur la vulve. Heureusement, j’habite aux Pays-Bas et l’éducation sexuelle est bien développée, bienveillante et inclusive, j’ai donc trouvé un livre super (si tu as aussi une famille bilingue français-néerlandais, c’est Lekker in je lijf! Een eerlijk boek over de vulva de Esther van der Steeg)

Depuis Le petit illustré de l’intimité, livre français super bien fait, est sorti. On l’a et ma fille l’aime beaucoup. Vu sa passion pour sa petite encyclopédie, je pense qu’elle s’intéresse simplement à ce qui a l’air inconnu et faisant partie de la vie. J’attends avec impatience le tome 2 du petit illustré de l’intimité sur le pénis etc, car j’ai moi aussi des choses à en apprendre, je pense…

Si tu regardes l’âge sur ce type d’ouvrages, on dit plutôt à partir de 6 ans. Il y a beaucoup d’informations et de vocabulaire inconnu pour un-e enfant de 3 ans. Mais on ne lit pas tout d’un coup et il ne s’agit pas de tout comprendre mais d’entendre les mots. Et qu’elle posera les questions si elle veut aller plus loin.

Par exemple, elle n’a pas encore réaliser le principe de la pénétration du pénis dans le vagin pour que les spermatozoïdes rejoignent les ovules. La question ne l’effleure pas et donc je ne cherche pas à lui donner à tout prix cette information.

J’ai confiance que le sujet émergera à un moment, naturellement.

Parler de sexualité dans sa diversité

J’aimerais beaucoup aussi faire passer l’idée de la sexualité qui n’est pas forcément lié à la pénétration, à la reproduction et à l’amour. Tout un programme.
Je sais que ce point est assez original… Mais avoir toujours lié l’acte sexuel à l’amour, ça peut apporter beaucoup de confusion à un adolescent qui découvre les hormones et l’attirance d’autres, on ne comprend pas alors qu’on peut simplement désirer, est-on anormal ? Et puis dire qu’on fait l’amour seulement pour faire des enfants, c’est quand même l’un des plus gros mensonges dans 99% des cas.

J’aimerais dire à mes enfants : on a des désirs sexuels qui commence à l’adolescence. Adulte, on est totalement libre d’y répondre à la condition que si ça inclue quelqu’un d’autre, il ou elle doit être consentant. J’aimerais dire qu’il y a mille façons d’avoir une sexualité, que ce n’est pas une compétition, que ce n’est pas obligatoire non plus, que ça peut être avec un homme, une femme, quelqu’un de non binaire, que ça peut être avec plusieurs personnes, que ça peut être seul-e avec soi-même, que la virginité est une construction sociale et pas biologique. Et puis, que oui, finalement, je dirais que pour moi, le plus beau, c’est quand c’est fait avec une personne qu’on aime… mais que le plus important c’est vraiment de vouloir la même chose et d’avoir confiance.

Et je compte bien distiller ça petit à petit ça et là, au fil des découvertes, des questions, sans attendre leur puberté. je reviens t’en parler dans quelques années ?

Comment je me sens pas rapport à tout ça ?

Pour arriver à parler de tout ça naturellement, il faut garder la liberté de parole et accepter la liberté de parole de l’enfant à ce sujet… Ça ne veut pas dire qu’il faut se faire violence et en parler partout, tout le temps. Il est tout à fait possible de dire à l’enfant « c’est une bonne question, je serais plus à l’aise et disponible pour en parler tout à l’heure à la maison que là dans la queue au marché. C’est un sujet important et intime, je préfère en parler sans beaucoup de monde autour ». Mais surtout bien en reparler.

Dire que je ne suis jamais gênée d’évoquer le sujet serait un mensonge. Quand ma fille demande si telle personne a aussi une vulve dans une réunion familiale, je me sens clairement mal à l’aise. Mais c’est l’occasion de dire que c’est un sujet intime et qu’on n’est pas obligé de savoir ce que les gens ont comme sexe (et oui, j’ai déjà évoqué la question du genre versus sexe avec ma fille de 3 ans).

Et puis, surtout, je crois que les enfants sentent beaucoup de choses (je ne crois pas à l’idée « ils comprennent tout » mais je pense qu’ils perçoivent bien souvent les malaises) et que ça ne sert à rien de leur cacher ce que l’on ressent par rapport au tabou. J’ai pu le faire grâce aux livres justement. On y parle souvent de sexe avec des petits mots comme zizi ou zézétte. J’ai donc pu dire « comme c’est intime, beaucoup de personnes ont du mal à en parler avec des vrais mots alors ils utilisent des mots qu’ils trouvent plus jolis pour les enfants. Moi aussi parfois, je ne suis pas complétement à l’aise d’en parler. Mais je crois que c’est important qu’on en parle. Et je préfère dire avec les vrais mots, comme ça, c’est plus clair de quoi on parle. »

Je veux faire passer le message que oui, ça peut mettre mal à l’aise, que certaines personnes ne veulent pas parler de ça, que c’est leur choix mais que même si ce n’est pas toujours facile pour moi, je suis là pour en parler.

Je me sens aussi immensément fière quand j’entends ma fille parler de son anatomie avec justesse. Ou quand mon fils du haut de sa vingtaine de mois dit « non, intime, à moiiii » quand sa sœur approche sa main de son pénis.

Enfin, j’ai peur aussi parfois que tout ce qu’on essaie de faire passer en famille ne soit pas suffisant par rapport au poids de la société (quand je vois qu’à 3 ans, ma fille me ramène déjà des jugements sexistes de son observation et de ses discussions avec ses paires à la crèche) mais je fais ce que je peux à mon niveau.

D’ailleurs, il y a une histoire pour enfants sur ce sujet dans mes brouillons de livres – je ne sais pas si j’arriverai à le finir et l’éditer – du coup, n’hésite pas à me dire si tu aimerais le support d’une histoire pour parler ainsi à tes enfants, ça me motivera à m’y remettre.

Voilà, n’hésite pas si tu as des questions, des remarques, je suis heureuse d’avoir des espaces pour parler de tout cela librement.

Et si ça peut paraitre étrange un tel article dans la partie blog de mon site professionnel sur l’exploration émotionnelle… Mais j’ai pensé cet espace comme un endroit de liberté d’expression pour moi. Et puis, comme je te le disais dans une petite lettre du vendredi, j’ai envie d’offrir des espaces où on peut, si on ressent l’envie, parler de tout, puisque les émotions sont partout.

Enfin, une dernière précision, ici, je partage ma démarche et ma réflexion pour l’éducation de mes enfants sur la question. Je le fais parce que je sais que les échanges d’expérience peuvent nourrir d’autres personnes. Ça ne veut pas dire que c’est mal si tu fais différemment, l’important, c’est d’être aligné-e avec ce que l’on fait.

2 commentaires

  1. Moi!!! Pour un livre de toi sur le sujet!!
    Sujet tabou dans ma famille, j’essaye de lever le voile avec mon fils mais ce n’est vraiment pas naturel ni évident.

  2. C’est un sujet très intéressant. J’écoutais justement un podcast récemment où l’invité était atteinte de vaginisme et une des cause était la façon dont ses parents lui avait parlé de sexualité (sa mère lui avait transmis sa peur et son père s’était gentiment défilé). Alors même que sa maman avait voulu bien faire ! Et ca m’a un peu stressé de voir que je pourrais avoir un tel impact sur mes enfants.

    Je le vois même dans ma propre histoire, j’ai trouvé les explications de ma mère simples, adaptées à mon âge et rassurante. Ma sœur qui les as eu en même temps que mois a eu un tout autre ressenti et pas mal de peur à la puberté, lors de la grossesse… Pourtant, on a eu les mêmes mots, les mêmes infos au même âge…
    Là où tout s’est bien passé, c’est qu’on n’a jamais eu de gros tabou dans la famille. On a pu poser à mes parents des questions sur le fonctionnement du corps et des relations intimes sans aucun soucis, être soutenues dans nos premiers rendez vous chez la gynéco et discuter contraception avec nos parents.

    Alors oui pour un/des livres sur le sujet !

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